Comment diminuer notre empreinte carbone – épisode 1

Si, comme nous, vous avez expérimenté l’atelier de la Fresque du Climat, vous en êtes sans doute sortis quelque peu secoués par l’urgence à agir pour enrayer autant que possible l’enchaînement des catastrophes que vont générer nos émissions de GES (gaz à effet de serre). Destruction des éco-systèmes, acidification des océans, dérèglement du climat, tensions géo-politiques…, à vrai dire c’est une grosse claque qu’on prend en pleine face, même si on pensait avoir déjà conscience de la gravité de la situation. Alors, une fois nos esprits retrouvés, que faire ?
Pour limiter le réchauffement climatique à +2° en 2100 et pour que nos enfants puissent continuer à vivre en bonne santé et en paix, on sent bien qu’il y a des choses qu’on va devoir changer dans notre vie de tous les jours. Mais par où commencer et est-ce que ça sera suffisant ?

Diviser notre empreinte carbone par 6 d’ici 2040 en commençant dès maintenant

L’empreinte carbone des Français est estimée à 10t -12t de CO2e par an.
Pour arriver à l’objectif de la COP21 de neutralité carbone en 2050, il faudrait arriver à 2 tonnes de Co2 par personne et par an, soit diviser par 5 ou 6 notre empreinte actuelle. Une première échéance a été fixée par la loi du 22 août 2021, dite « loi Climat et Résilience » qui pose que l’État s’engage à respecter l’objectif européen de baisse d’au moins 55% des émissions des gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030.

Le graphique ci-dessous issu de l’étude « Faire sa part » du cabinet de conseil Carbone 4 montre  l’empreinte carbone moyenne des français et l’objectif à atteindre (chiffres de 2017).

empreinte carbone 2017
Source : Carbone 4

On y voit que les postes émetteurs essentiels sont :

  • le transport : 2,9 t CO2e
  • le logement : 2,9 t CO2e
  • la consommation de biens : 2,1 t CO2e
  • l’alimentation : 2,0 t CO2e
  • les services publics : 1,0 t CO2e

Notons que la hiérarchie de ces postes varie selon les années (ainsi que les méthodes de calcul) mais l’ordre de grandeur reste le même. Notons également que dans cette empreinte moyenne figure la part non négligeable due aux émissions des services publics (estimée en fait entre 1,0t et 1,7t), soit déjà 50% de l’objectif que nous sommes censés atteindre !  Mais ce n’est pas rédhibitoire car les services publics devront eux aussi être neutres en carbone d’ici 2050 et donc, si l’Etat tient ses engagements pour atteindre la neutralité carbone, ils ne devraient plus peser sur notre empreinte.

Par où commencer pour faire diminuer drastiquement notre empreinte carbone ?

2 t CO2e/par pers/par an, hors services publics…Comment faire pour arriver à une diminution aussi drastique ? Cela peut sembler impossible tellement la pente est raide. Toutefois nous sommes contraints à agir car une augmentation de +5° rendrait la planète inhabitable…

Notre empreinte carbone varie évidemment selon notre mode de vie, notre catégorie sociale, notre situation familiale et géographique. Les leviers à activer ne seront ainsi pas identiques pour tout le monde. Il importe donc d’identifier ses principaux postes émetteurs et les actions efficaces à mettre en place pour soi-même. Simuler sa propre empreinte est un bon moyen de savoir par où commencer.

Calculer son empreinte carbone

Le simulateur « Nos Gestes Climat » proposé par l’ADEME permet de calculer son empreinte carbone en quelques minutes et propose ensuite des actions pour la réduire, en chiffrant leur potentiel. 

Si on fait le test avec un profil d’habitant péri-urbain moyen, « fléxitarien », vivant au sein d’un foyer de 4 personnes en appartement avec 10 000kms en voiture par an (c’est peu…), pas de voyage en avion, on arrive à … 6 tonnes.

 

Les pistes de réduction proposées sont  :

1) Alimentation : diminuer drastiquement la consommation des produits d’origine animale. Manger de la viande tous les jours amène à dépasser les 2 tonnes.

2) Mobilité : utiliser le vélo pour les trajets courts, faire du covoiturage, télétravailler, supprimer les trajets en avion (le bilan carbone d’un aller-retour Paris-New York est d’environ 1 tonne de CO2).

3) Biens et services : réduire sérieusement la consommation de vêtements,  l’achat d’électroménager et d’appareils high-tech, acheter d’occasion, zéro déchet.

4) Logement : rénover son logement, baisser la température

5) Numérique : réduire son temps de streaming sur Internet (Netflix et les autres plateformes de streaming sont très énergivores).

Nous vous encourageons vivement  à tester cet outil de l’ADEME (ci-dessous) pour voir comment ajuster son quotidien et quels changements seraient nécessaires pour tendre vers un mode de vie soutenable. Pour info, il existe d’autres simulateurs mais celui-ci est public et le calculateur est « open source » (2).

D’autres outils sont disponibles pour nous aider à passer à l’action : l’atelier MyCO2, l’atelier « Inventons nos vie bas carbone » qui permettent d’aborder cette transformation en groupe, afin de pouvoir échanger ensemble sur les bonnes pratiques, sur ce qui est facile/difficile à mettre en oeuvre.

Des gestes individuels incontournables, mais insuffisants.

En pratique, beaucoup des changements nécessaires sont très accessibles même s’ils requièrent probablement de ré-inventer nos vies en tournant le dos au consumérisme, à notre boulimie matérialiste  pour tendre vers une « sobriété heureuse ».  Mais d’autres le sont beaucoup moins, selon la situation géographique ou sociale dans laquelle on se trouve. Que faire lorsque mon trajet domicile-travail en voiture n’est pas possible en transport en commun ou à vélo, lorsque mon lieu de vie me rend totalement dépendant de mon véhicule, donc des carburants fossiles (pour la majorité des véhicules) ?

De même utiliser davantage les transports en commun réduira indiscutablement mon empreinte carbone, mais ne réduira pas ma dépendance à un systeme de transport qui continue à fonctionner à partir d’énergies carbonées : diesel, essence ou GNV.  Si ces actions individuelles sont indispensables, elles ne seront pas suffisantes sans une mutation profonde des équipements que nous utilisons, sans repenser complètement le tissu urbain basé sur le modèle du tout-voiture, sans remettre en question le système social et technologique énergivore qui repose sur le postulat d’une énergie fossile bon marché et illimitée. Elles n’ont de sens que si elles sont soutenues par l’action des pouvoirs publics et des entreprises qui reste déterminante pour décarboner le système dans lequel nous évoluons. Une grande partie de la baisse côté ménages requièrent en effet des investissements et ne pourront avoir lieu sans les dispositifs et incitations publics adéquats.

Comme le montre l’étude « Faire sa part » de Carbone 4, en mettant en oeuvre l’ensemble des éco-gestes nécessaires et en investissant dans des projets de réduction d’émissions (rénovation thermique, changement de chaudière et achat d’un véhicule bas carbone), seule la moitié de la réduction de nos GES peut être atteinte par les actions individuelles. « L’autre moitié du gisement de réduction est aux mains des acteurs clés de notre environnement sociotechnique, à savoir les pouvoirs publics et les entreprises ».

Conclusion

Le temps nous est compté. Il nous reste 8 ans pour réduire de 55 % les émissions de GES d’ici 2030, selon les engagements de la « loi Climat et Résilience » et ce sont à la fois nos comportements individuels plus sobres et les politiques de transformation de l’économie qui nous permettront d’atteindre ces objectifs ambitieux.

Pour cela nous avons tous un rôle à jouer : d’une part dans nos actions individuelles et d’autre part en nous engageant dans un mouvement collectif de transformation. Cela implique de mettre la pression sur l’État et les entreprises, faire émerger l’urgence climatique dans les campagnes politiques à travers des actions de sensibilisation, le partage d’informations, les discussions entre collègues et amis et bien sûr aller voter aux prochaines élections.



Références

(1) Cette estimation cumule les émissions de CO2 et les autres GES : méthane + protoxyde d’azote + gaz fluorés etc. qui représentent environ un quart des émissions globales, en « CO2 équivalent »).  Les chiffres disponibles pour estimer l’empreinte carbone moyenne en France varient selon les sources et les années et la méthode de calcul continue à évoluer.
https://www.resistanceclimatique.org/l_empreinte_carbone_de_la_france

(2) BonPote – Comment calculer son empreinte carbone :  https://bonpote.com/comment-calculer-son-empreinte-carbone/

(3) Inventons nos vies bas carbone : https://www.resistanceclimatique.org/inventons_nos_vies_bas_carbone Comprendre ensemble son empreinte carbone, agir dès demain : https://www.myco2.fr/fr/

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