Cinquante ans avant la Convention pour le climat : l’incroyable histoire des quatre chercheurs qui avaient déjà tout prévu

Résumé de l’article de Télérama, 24 février 2021 – Auteur : Olivier Pascal-Moussellard (accès réservé aux abonnés)

 

1972, Massachusetts. Quatre étudiants chercheurs sont chargés de réfléchir aux conséquences de la croissance sur la planète. En sortira le rapport Meadows, vendu à dix millions d’exemplaires. Avec enthousiasme, ils arpentent le monde pour convaincre les décideurs d’agir. Lesquels décident de ne rien faire.

Les Limites à la croissance est souvent présenté comme la seule étude prospective ayant annoncé avec force détails, et sans se tromper, la fin des festivités pour l’humanité. Ce fut aussi une aventure personnelle fantastique et… déprimante pour Bill, Jørgen, Donella et Dennis – une aventure dont on sort à la fois grandi et meurtri, comme celle que viennent de vivre, un demi-siècle plus tard, les cent cinquante Français de la Convention citoyenne pour le climat. (…)

The Limits to Growth (Les Limites à la croissance), un petit livre de 125 pages décrivant sans fioritures, et sur un ton politique neutre, l’impact destructeur des activités humaines sur notre planète. Les ressources de la Terre ne sont pas infinies, prévenaient les auteurs ; passé un cap, la charge devient trop lourde et les effets cumulés d’une démographie galopante, d’une pollution excessive, d’une consommation sans frein pourraient provoquer un effondrement. Troublé dans sa tranquillité, le gratin politique et économique mondial a lu cette enquête minutieuse, traduite en trente langues et vendue à 10 millions d’exemplaires… puis a choisi de ne rien faire.

(…)

Nous savions que nous avions raison, et nous étions op-ti-mistes ! Nous pensions que l’humanité se réveillerait à temps ! Simplement, la surdité du monde a fini par m’user. En 1980, j’ai expliqué lors d’un débat qu’on était arrivés trop tôt. Que “dans 20 ans, la société comprendrait enfin qu’il fallait agir – mais que cette fois il faudrait aller vite”. Et j’ai jeté l’éponge. » (…)

 

(…)

Il y a au moins deux morales à cette histoire. L’une, très sombre, l’autre lumineuse. Et les deux viennent de la bouche de Dennis Meadows :

« J’ai passé cinquante ans à tenter d’expliquer aux dirigeants d’une cinquantaine de pays les enjeux des Limites à la croissance. Il est trop tard. Cognez-vous la tête contre un mur de pierre, ça fait mal au crâne mais ça n’a aucun effet sur le mur. Donc j’arrête. Et je me replie sur l’action locale, en utilisant la dynamique des systèmes sur les ressources naturelles, et en m’intéressant aux problèmes d’urbanisme de ma ville, Durham. » Des regrets ? « Très peu. Si vous faites dépendre votre bonheur de votre capacité à changer le monde, vous ne serez jamais heureux, car vous avez trop peu de chances de gagner. Quand des jeunes gens s’adressent à moi aujourd’hui, je leur dis les choses suivantes : “Apprenez la résilience, car les décennies qui viennent vont être semées de crises sévères ; apprenez des choses pratiques comme le jardinage ou la plomberie, car elles vous seront très utiles ; et lisez de l’histoire longue, celle des Phéniciens, des Romains, ou de la dynastie Qing.” Ces civilisations ont grandi, elles ont décliné, elles ont disparu. Imaginer que la nôtre pourrait suivre un autre destin me paraît un doux fantasme. Mais j’ajoute toujours ceci :

“N’oubliez jamais qu’il existe deux façons de toucher au bonheur. La première est d’obtenir plus – c’est celle après laquelle notre civilisation a couru à perdre haleine –, et la seconde, de vouloir moins.” Philosophiquement, et de manière très pragmatique, je privilégierais le deuxième chemin. » 

(…)

 

En guise de conclusion, ces deux derniers extraits à méditer :

 

 1/ “Bravo, vous nous avez convaincus. Maintenant, expliquez-nous par quel miracle nous pourrons être réélus si nous faisons ce que vous dites ?” Un dirigeant européen.

 2/ “J’ai prévu mon épitaphe. Sur ma tombe sera gravé : ‘Qu’est-ce que je vous avais dit ?’” Jørgen Randers

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