Aller au contenu

Aujourd’hui, sans plastique, l’être humain ne sait ni se nourrir, ni se loger, ni se déplacer, ni se soigner

Aujourd'hui nous ne pouvons plus vivre sans plastiques
La production mondiale de plastique n’a cessé de croître au cours des dernières décennies.  Les plastiques sont partout : dans les emballages que nous consommons à tour de bras, dans l’industrie automobile, dans l’isolation des bâtiments, dans les équipements médicaux, dans l’agriculture…

Notre consommation de plastique se traduit par une empreinte carbone élevée (liée à la production), des volumes énormes de déchets, une pollution persistante et des dommages à la faune et aux écosystèmes. Les déchets s’accumulent sans fin dans des décharges sur terre et en mer.

« Les solutions avancées pour répondre aux méfaits des usages du plastique, telles que le recyclage ou les bioplastiques, sont insuffisantes », estime un collectif de chercheurs et de représentants associatifs dans une tribune du journal Le Monde : « Aujourd’hui, sans plastique, l’être humain ne sait ni se nourrir, ni se loger, ni se déplacer, ni se soigner ».

Il est urgent de trouver des solutions car, d’après le dernier rapport sur la consommation des matières plastique dans le monde de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), nous ne sommes pas sur le bon chemin. A l’horizon 2060, l’utilisation de plastiques pourrait quasiment tripler au niveau mondial par rapport aux niveaux de 2019, sous l’effet de la croissance économique et démographique. Elle devrait doubler dans les pays de l’OCDE et la croissance la plus forte devrait se produire dans les économies émergentes d’Afrique subsaharienne et d’Asie.

Les mythes du recyclage et des bioplastiques

Face aux effets néfastes du plastique, les états et les industriels misent, d’une part, sur plus de recyclage, en vue de réaliser des boucles finies et ainsi de limiter les déchets ; et d’autre part, sur la recherche de nouvelles matières (notamment les bioplastiques), en vue de réduire les nuisances des plastiques qui s’échapperaient malgré tout dans la nature. En somme, le futur qui s’annonce est celui d’un monde rempli de plastiques, certes, mais de plastiques bio et recyclés… Cette approche est très insuffisante.

 

« Si le recyclage peut permettre de donner une seconde vie aux millions de tonnes de déchets produits depuis l’invention du plastique, le considérer comme une solution d’avenir durable est un piège. Le recyclage n’est pas un processus magique, mais une opération consommatrice en eau et en énergie : deux ressources déjà rares et qui le seront encore plus dans quelques décennies».

En effet, s’il est nécessaire, le recyclage n’est pas miraculeux et ne permet pas de freiner la surconsommation des ressources naturelles. Même si les technologies évoluent, on est encore loin d’une boucle fermée où tout ce qui est produit est recyclé (et réutilisé) de manière significative : aujourd’hui seul un tiers des emballages plastiques est effectivement recyclé. Le recyclage perpétuel, autonome en ressources et en énergie, n’existe pas.

« Les bioplastiques (fabriqués à partir de ressources végétales comme le blé, le maïs, la canne à sucre, la pomme de terre, etc.) quant à eux, semblent voués à provoquer d’importantes substitutions d’impact ; en 2060 encore moins qu’hier, il ne sera souhaitable de cultiver un champ pour produire des objets à usage unique. En outre, et toujours d’après l’OCDE, ils ne représenteront que 0,5 % des plastiques en 2060 ».

 

Notons que si les bioplastiques sont une alternative aux ressources fossiles, ils ne sont pas forcément biodégradables et ont souvent un fort impact environnemental.

La voie du renoncement

A l’opposé de cette fuite en avant, une autre voie est possible : celle du renoncement, c’est-à-dire de l’abandon progressif, organisé et démocratique du plastique.

Il est vrai que renoncer (même partiellement) au plastique peut de prime abord paraître impossible, tant il est aujourd’hui une matière incontournable, pratique et aux multiples avantages pour les industriels en terme d’efficacité, de coût, de résistance…(c’est aujourd’hui le troisième matériau le plus fabriqué au monde, derrière le ciment et l’acier). Le plastique est omniprésent dans notre quotidien.

« Aujourd’hui, sans plastique, l’être humain ne sait ni se nourrir, ni se loger, ni se déplacer, ni se soigner, encore moins se divertir. En effet, comment maintenir le commerce international sans papier bulle et sans palettes filmées ? Comment nourrir la planète sans bâcher les terres agricoles ? Comment s’habiller sans matières synthétiques ? Comment compenser les pertes d’emploi (1,5 million en Europe en 2020) provoquées par la sortie du système plastique ? »

Pour répondre à ces problématiques systémiques, les chercheurs de la tribune du Monde appellent à « remettre l’humain au cœur de l’urgence plastique ». Ils proposent de réaliser un grand inventaire de ce qui nous rend dépendants aux plastiques, pour repenser et ré-inventer nos fonctionnements et nos usages « englués dans cette matière visqueuse »…Pour cela il faut réorienter nos efforts financiers et scientifiques pour imaginer comment vivre sans plastiques, pour encourager une sobriété dans les usages et pour accompagner les populations précaires qui vivent de l’économie du plastique.

 

 

 Référence :

« Aujourd’hui, sans plastique, l’être humain ne sait ni se nourrir, ni se loger, ni se déplacer, ni se soigner »  Le Monde du 28/10/2022. Tribune signée par Simon Bernard, fondateur et directeur général de Plastic Odyssey, et par plus de cinquante chercheurs, militants et personnalités des milieux culturels et associatifs.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *